L’année 1709 est surtout connue pour son hiver record. Début janvier, le thermomètre a chuté, inaugurant le Grand Hiver, trois mois du temps le plus froid que l’Europe ait connu depuis 500 ans. Il se trouve que 1709 est aussi l’année où Pierre Madenié, maître cartier du Duc de Bourgogne, crée un jeu de Tarot qui s’appellera un jour Tarot de Marseille, un jeu considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux exemples du genre.
Bien qu’il soit prouvé que les cartes de Tarot ont été utilisées très tôt pour la divination, le jeu de Tarot de Pierre Madenié a été créé principalement pour le jeu. Le jeu était alors, et depuis un certain temps déjà, l’un des passe-temps les plus populaires dans le sud de la France. Des siècles avant l’avènement de la radio et de la télévision, les aristocrates avaient coutume de se réunir dans des salons et de passer des heures à discuter des questions importantes du jour. Les froides nuits d’hiver, ils se retrouvaient souvent à la table de cartes pour jouer au tarot devant un feu de camp.
Le jeu de cartes était populaire non seulement auprès de la noblesse, mais aussi auprès de personnes de tous âges et de tous les niveaux de la société. Compte tenu de la forte demande, des sociétés de fabrication de cartes se développent dans toute l’Europe, en particulier dans le sud de la France. C’est à cette époque que Pierre Madenié exerce son métier dans son imprimerie de Dijon. Reconnu dans toute la ville pour la qualité de son travail, Madenié est finalement distingué par le Lord Duke, gouverneur de la province de Bourgogne, qui lui confie la fabrication exclusive de cartes pour sa famille.

Un dessin du XVIIe siècle pour un éventail de dames montre comment les cartes à jouer étaient fabriquées à Paris vers 1680.
Pierre Madenié a utilisé une méthode connue sous le nom d’impression en bloc pour créer ses cartes à jouer, une méthode qui a nécessité l’intervention de pas moins de quatre maîtres artisans : un papetier, un dessinateur, un coupeur de formes et un imprimeur. Pour commencer, le créateur dessine les images en ligne noire sur un bloc de bois à grain fin (poire, pomme ou pin). Pour les cartes de tarot, les blocs sont assez grands, avec de nombreuses rangées de cartes sculptées dans un seul morceau de bois.
Ensuite, le découpeur de formes a effacé le fond, laissant des images en relief qui ont ensuite été recouvertes d’encre. Ensuite, du papier a été posé sur ces images en relief et frotté avec un outil en bois pour transférer l’encre. Lorsque l’encre était sèche, les images étaient colorées à la main ou à l’aide de pochoirs. Lorsque les pochoirs étaient utilisés, la couleur était appliquée avec un pinceau à pois. Une fois sèches, les cartes étaient découpées et collées sur du papier épais.
Il est intéressant de noter que bien que les cartes de Tarot de Madenié aient été fabriquées à Dijon, elles seront finalement appelées Tarot de Marseille. En effet, des décennies plus tard, les occultistes européens ont concentré leurs efforts sur l’étude des jeux de Tarot qui avaient été produits à Marseille. Au fil du temps, le terme Tarot de Marseille a été appliqué à tous les jeux de cartes qui partageaient la même structure, le même style et la même imagerie plutôt qu’à un seul jeu de cartes.